Bien des soupirs de soulagement
Les trois camps politiques à Queen’s Park ont dû pousser bien des soupirs de soulagement, hier soir, après le dépouillement des résultats de cinq élections partielles. Si aucun d’entre eux n’est parvenu à rafler la mise, aucun n’est rentré du champ de bataille complètement bredouille. Les électeurs de quatre grandes villes de l’Ontario ont laissé au gouvernement libéral minoritaire de Kathleen Wynne deux de ses anciens fiefs, malgré la démission de leur député local en cours de mandat. Ils ont confié aux néo-démocrates d’Andrea Horwath deux circonscriptions et une autre aux progressistes-conservateurs de Tim Hudak. Ce match nul montre que la marque libérale n’a pas perdu tout son lustre, malgré les scandales des deux dernières années.
Il s’agissait d’un premier test électoral pour Mme Wynne à titre de première ministre. Elle a sauvé les meubles dans Ottawa-Sud, où elle a fait mentir les sondages, et dans Scarborough-Guildwood, à Toronto, où l’élection s’est jouée sur le thème du transport en commun qui lui est cher. Ça vaut certes un soupir. Un bref soupir. Car l’électorat lui a tout de même servi un sérieux avertissement. À la dernière minute, les électeurs d’Ottawa-Sud semblent avoir pardonné à l’ancien premier ministre Dalton McGuinty, qui a été leur député pendant près d’un quart de siècle, son silence des derniers mois avant qu’il ne renonce à son siège. C’est le libéral John Fraser qui l’a emporté avec près de 43% des suffrages, alors que les sondages donnaient la victoire au progressiste-conservateur Matt Young, et ce, avec une avance confortable.
En même temps, les résultats d’hier envoient le message à M. Hudak et Mme Horwath qu’il serait inopportun pour eux de provoquer des élections générales dans un proche avenir, ce qui donne au clan libéral un sursis pour redorer son blason. Andrea Horwath peut, elle aussi, pousser un soupir de soulagement. La chef de la deuxième opposition à Queen’s Park a bien choisi ses batailles. Elle s’est concentrée sur Windsor-Tecumseh, où son candidat, Percy Hatfield, l’a emporté avec plus de 60% des suffrages, et sur London-Ouest, où Peggy Sattler n’a fait qu’une bouchée du candidat "vedette" des libéraux, le syndicaliste Ken Coran. Tant à London qu’à Windsor, les électeurs ont relégué les libéraux au troisième rang, derrière les progressistes-conservateurs.
Tim Hudak peut, à son tour, relâcher la pression. Ses troupes ont mis la main sur Etobicoke-Lakeshore, à Toronto. Aucun progressiste-conservateur n’a-vait réussi à percer la paroi de la métropole provinciale depuis plus d’une décennie. Cette victoire torontoise est peut-être une planche de salut pour le chef de l’opposition officielle, dont le leadership est contesté au sein même de son parti. On lui reproche toujours, à demi-mot, d’avoir échoué le navire à quelques semaines des élections générales de 2011, après avoir dominé par près de dix points dans les sondages. Les libéraux minoritaires détiennent maintenant 50 des 107 sièges à l’Assemblée législative, contre 37 pour les progressistes-conservateurs et 20 pour les néo-démocrates. Il ne s’agit plus d’un gouvernement minoritaire "fort", comme l’avait laissé entendre M. McGuinty au lendemain des dernières élections. Si les résultats d’hier sont garants de ceux d’éventuelles élections générales, les trois partis à Queen’s Park ont encore beaucoup de pain sur la planche pour accéder à une majorité. 2 août 2013
François Pierre Dufault, Le Droit (La Presse Canadienne)
Photos
La première ministre Kathleen Wynne (à droite) célèbre la victoire de Mitzie Hunter après qu’elle a remporté l’élection complémentaire dans la circonscription de Scarborough-Guildwood, hier.
Mitzie Hunter et Justin Trudeau à Scarborough-Guildwood
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