Côte d’Ivoire : Déchets toxiques
Le Gouvernement explique et sanctionne
vendredi 15 septembre 2006
par adi

Ivoiriens, Ivoiriennes, Mes chers compatriotes,

Je vous l’ai souvent dit, j’ai promis que je m’introduirai chez vous, chaque fois que la situation de notre pays l’exigera. Me voici, une fois de plus, dans vos foyers, aujourd’hui, parce que la situation l’exige. Pour ce soir, je voudrais vous parler des déchets toxiques, catastrophe d’origine humaine qui nous affecte tous, qui affecte notre pays.

Je vais en quelques mots vous dire de quoi il s’agit. Depuis lors, beaucoup d’encre a coulé et chacun d’entre nous sait, approximativement, de quoi il s’agit. Un bateau battant pavillon panaméen dénommé Probo Koala a accosté au Port Autonome d’Abidjan avec dans ses cales des déchets liquides à composition hautement toxique. Il n’est pas nécessaire, à ce stade, que je vous dise la composition de ce produit. Ce que je voudrais vous dire, c’est que ces déchets toxiques ont été déversés, dans la ville d’Abidjan, en plusieurs endroits du district d’Abidjan par une société de vidange dénommée Tommy. Ces déchets ont nui et continuent de nuire à la santé de nos populations. Plusieurs de nos compatriotes ont perdu la vie malheureusement ; plusieurs autres ont été atteints et souffrent d’affections diverses. Je voudrais au nom du Chef de l’Etat, du Gouvernement et à mon nom propre, d’abord m’incliner à nouveau devant la mémoire des disparus, et souhaiter un prompt rétablissement à ceux de nos compatriotes qui ont été atteints, en même temps que je voudrais exprimer à leurs familles toute ma compassion et toute la compassion du gouvernement et du Chef de l’Etat en ces douloureuses circonstances.

Devant des faits d’une aussi rare gravité, le Gouvernement s’est très tôt organisé pour y faire face en vue de protéger la santé des populations. J’ai, à cet effet, mis sur pied un Comité interministériel et ordonné que des enquêtes soient menées en vue de connaître l’ampleur de ce drame et d’en déterminer les auteurs. Le Gouvernement s’est attelé à connaître la nature des produits en cause. Aujourd’hui, c’est chose faite.

Le Gouvernement s’est attelé, dès les premières heures à prendre en charge, au plan sanitaire, les personnes victimes de ces déchets toxiques. A cet égard, 36 formations sanitaires ont été identifiées pour recevoir les malades, des centres de santé de proximité ont été ouverts dans certains quartiers, le personnel médical a été renforcé, un fonds spécial a été créé en vue de prendre gratuitement les malades en charge, de la consultation aux hospitalisations éventuelles. Le dispositif médical mis en place s’affine de jour en jour et de plus en plus, en vue de mieux répondre aux besoins des populations. Le Gouvernement s’est également attelé, dans le même temps, à protéger les sources d’eau potable qui desservent le district d’Abidjan.

Je voudrais, à cet égard, vous annoncer ce que je vous ai déjà dit, la semaine dernière : l’eau potable n’a pas été contaminée et la nappe phréatique n’est pas atteinte. Des mesures spéciales sont prises pour nous assurer tous les jours de cela. Les experts nous ont confirmé que les sources d’eau potable ne seront pas contaminées. Le Gouvernement s’est attelé à protéger la chaîne alimentaire. En effet, en application du principe de précaution, diverses mesures préventives ont été prises, parmi lesquelles, je peux citer, pêle-mêle, la destruction avec dédommagement, des cultures maraîchères situées à proximité des sites pollués, l’interdiction de la pêche dans la baie lagunaire et dans les étangs piscicoles proches des sites de pollution, la mise en observation des volailles, ovins, bovins, porcs et lapins des centres d’élevage situés dans les mêmes zones, la fermeture de l’abattoir d’Abobo gare, la mise en place d’une brigade spéciale pour sécuriser l’abattoir de Port-Bouët et l’interdiction de récolte de fourrage destiné au bétail à proximité des sites pollués. Parallèlement, des dispositions ont été prises pour ravitailler régulièrement les marchés d’Abidjan. Afin de limiter l’étendue de la pollution, le Gouvernement s’est attelé aussi à rechercher et à immobiliser les camions de vidange qui contiendraient encore des produits toxiques.

Huit camions sur les dix qui nous ont été signalés ont été, à ce jour, immobilisés. Les recherches se poursuivent activement pour retrouver les deux autres. Des périmètres de sécurité matérialisés par des barbelés ou des rubans ont été délimités de sorte à empêcher les populations d’accéder aux sites pollués.

Le Gouvernement s’attelle actuellement à l’enlèvement du produit et son évacuation hors de Côte d’Ivoire. Aujourd’hui même, un accord a été établi avec la société TREDI INTERNATIONAL, société d’origine française, émanant du groupe SECHE qui a de solides références dans ce domaine. Dès ce dimanche 17 Septembre, cette entreprise commencera l’enlèvement des déchets toxiques et la dépollution des produits des sites pollués. Au fur et à mesure de l’enlèvement, les sols seront traités de façon à restituer leur intégrité en éliminant toutes traces de pollution. Nous serons bientôt, très bientôt, débarrassés de ces produits dangereux.

Par la même occasion, j’ai ordonné une enquête judiciaire. Le Procureur de la république a été saisi. A ce jour, huit personnes ont été interpellées et incarcérées. Il a été demandé aux magistrats de considérer ce dossier comme prioritaire. Mes chers compatriotes ;

Suite à la fermeture de la décharge d’Akouédo consécutive à l’opposition compréhensive des populations, les ordures ménagères, privées de site d’accueil, ont commencé à s’amonceler, vous pouvez le constater tous, dans la ville d’Abidjan. A ce niveau également, le Gouvernement a aussitôt entrepris les négociations avec les populations riveraines de la décharge d’Akouédo afin qu’elles acceptent la réouverture de cette décharge. Je suis heureux d’indiquer qu’un accord vient d’être trouvé avec ces populations afin qu’à partir du lundi prochain, les ordures puissent à nouveau être acheminées temporairement dans ce site. Je voudrais ici saluer le sens élevé de l’intérêt national, et du sacrifice de nos frères du village d’Akouédo, ainsi que la grande compréhension dont ces populations ont fait montre.

J’ai été par ailleurs informé que les domiciles des personnes qui ont dû partir du fait de leur proximité avec les lieux pollués font l’objet d’attaques de la part des délinquants. J’ai donné instruction au ministre de l’Intérieur de sécuriser ces lieux, en accord avec les propriétaires.

Mes chers frères et sœurs Ivoiriens, Les faits que notre pays vit en ce moment sont, ne nous cachons pas, d’une extrême gravité. Je le dis et je le redis. Ces faits ont été rendus possibles à cause des sérieux dysfonctionnements observés dans notre administration ; notre Constitution oblige tous les citoyens à qui des charges publiques sont confiées à les remplir avec compétence, diligence et probité. La qualité de service dû au peuple comporte également, pour chacun de nous, l’obligation d’assumer au plan administratif les défaillances observées dans nos services respectifs. C’est bien la contrepartie de l’autorité et des privilèges que la charge confiée confère. Ces principes ont été d’ailleurs et fort opportunément rappelés par le Chef de l’Etat lors du Conseil des ministres extraordinaire du jeudi dernier. A sa suite, je rappelle que la responsabilité doit être distinguée de la culpabilité. Les enquêtes en cours établiront la culpabilité des personnes concernées par cet acte odieux qui fait de notre pays, comme certains l’ont dit, la poubelle de l’Afrique, pour ne pas dire la poubelle du monde. La responsabilité administrative, quant à elle, doit s’assumer ici et maintenant conformément aux principes que je viens d’indiquer.

C’est pour cela que j’ai présenté la démission du gouvernement, car, je vous l’avoue, en toute conscience, je ne saurais m’associer à ces faits. Je souhaite que nos populations comprennent le caractère exemplaire de cet acte. Agir ainsi était de ma responsabilité ; j’ai assumé et je l’assumerais à nouveau si besoin était ; le gouvernement également. Dans les prochaines heures, après avoir fini les consultations avec les partis politiques et après avoir vu le Chef de l’Etat, je vous ferai connaître la composition du gouvernement. Je l’ai conçu dans l’esprit de ce qui a déterminé la démission de ce même gouvernement. Je ne ferai aucun mélange de genre et il n’y aura pas de camouflage.

Le remaniement ne servira pas de prétexte pour camoufler des responsabilités. Chacun devra assumer en toute responsabilité, mais en toute équité. Chacun devra assumer son acte. En conséquence de tout ce qui précède, j’ai pris, en ma qualité de chef de gouvernement, les décisions suivantes :

Premièrement : l’institution d’une commission d’enquête nationale présidée par un magistrat hors hiérarchie et composée d’experts, de représentants de certaines institutions et de la société civile avec pour mission, dans un délai d’un mois, d’enquêter sur les faits et de m’en faire rapport.

Secondement : l’institution d’une commission d’enquête internationale. La Côte d’Ivoire, victime certes de certains de ses fils, mais également du non respect des règles internationales, fera valoir ses droits au plan international ; Troisièmement : la nomination d’une personnalité qualifiée pour coordonner la gestion de cette catastrophe. A cet égard, j’ai demandé à Mme Safiatou Ba Ndaw, directeur adjoint au cabinet du Premier ministre de bien vouloir accepter cette responsabilité. Quatrièmement : la suspension des personnalités suivantes, dont la défaillance des administrations placées sous leur autorité directe à entraîner cette catastrophe.

Il s’agit du : Directeur général des Douanes ; .Directeur général du Port autonome d’Abidjan ; .Gouverneur du District d’Abidjan. .Directeur des Affaires maritimes du ministère des Transports Ces mesures conservatoires, en accord avec les règles de gestion administrative pourront entraîner la révocation des intéressés, si les enquêtes établissent leur culpabilité.

Je souhaite à cet égard qu’une distinction claire soit faite entre responsabilité et culpabilité. On assume en toute responsabilité ; on est coupable lorsque les enquêtes le démontrent. C’est le principe que nous allons suivre. Je souhaite également que dans de telles circonstances, nous nous rassemblions ; que les Ivoiriens se retrouvent. Il s’agit ici d’une cause nationale, d’une catastrophe nationale, et cette catastrophe doit nous servir à comprendre que nous sommes un peuple solidaire. Je voudrais à cet égard, indiquer que l’analyse de la nature du produit nous a réconforté. Ce produit n’a pas les effets que j’ai entendus, ici et là : ce produit n’est pas radioactif, il faut le répéter ! Ce produit entraîne des malaises, mais ce n’est pas une nouvelle maladie qui a été jetée sur la Côte d’Ivoire.

Les symptômes auxquels nous assistons ont des remèdes ; le traitement symptomatique, comme le disent les spécialistes, marche. C’est pour cela que nous avons fait des efforts que j’ai indiqués plus tôt. Les médicaments, les hospitalisations, les consultations seront gratuits ! Car nos populations n’ont pas demandé à être polluées. Je souhaite, je le répète, que nous nous rassemblions autour de cette question d’intérêt nationale. Aucun intérêt personnel ou partisan ne doit être placé au-dessus de la santé et de la vie des Ivoiriens. Je sais pouvoir compter sur vous, sur votre soutien, pour qu’ensemble nous luttions d’abord contre cette catastrophe, et qu’à partir de maintenant nous luttions contre l’impunité et que chacun de nous assume en toute responsabilité les actes qu’il commet, ou les actes qui sont commis par l’administration qui est placée directement sous sa responsabilité. Il ne s’agit pas de chasse aux sorcières ; il s’agit de responsabilité.

Je sais pouvoir compter sur vous... que l’éthique entre dans la vie publique, que la morale ne soit pas antinomique avec une gestion transparente... C’est l’occasion pour moi, de saluer la solidarité internationale, la communauté internationale ; que ce soient nos amis des pays amis ; que ce soient les institutions internationales que nous avons très tôt approchées, cette communauté internationale a réagi favorablement pour venir en aide à nos populations. Je voudrais lui rendre hommage et encore une fois, la remercier pour tout ce qu’elle a fait pour aider nos compatriotes. La Côte d’Ivoire, comme je vous l’ai dit, n’est pas seule. Elle a des amis, et ceux-ci ont démontré qu’ils nous viendront en aide chaque fois que nous les solliciterons. Je les remercie en votre nom à tous et je vous remercie.

Charles Konan Banny Premier ministre de Côte d’Ivoire

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